19.10.2007
Le Mépris
La chose est donc entendue, le « Traité Simplifié Européen », version édulcorée de la défunte Constitution européenne, devrait être ratifié très prochainement par le congrès réuni au château de Versailles. Le protocole de nos institutions nous offre un saisissant clin d’œil de l’histoire : l’oligarchie ne pouvait trouver de lieu davantage symbolique pour afficher son mépris du peuple.
La Nation ne s’est-elle pourtant pas exprimée clairement et massivement au printemps 2005 ? Est-il seulement envisageable de contester aussi grossièrement la souveraineté du peuple français en imposant par la voie parlementaire un traité que le peuple avait refusé ? Dès lors, notre pays peut-il encore se prévaloir de la démocratie ?
Quant à la substance du traité, gardons notre vigilance intacte. Cette réécriture « cosmétique » selon le propre aveu de Valéry Giscard d’Estaing, dont on a adroitement pris soin d’expurger quelques formules jugées inopportunes, n’est qu’une pâle resucée du texte original. Les questions de fond trouvent des réponses identiques : omniprésence des tropismes du libéralisme marchand, pas de gouvernement économique de la zone euro, absence de réforme de la banque centrale, adoption du vote à la majorité qualifiée, alignement atlantiste…
En d’autres temps, les Danois et les Irlandais avaient déjà fait l’expérience du dogmatisme des élites eurobéates et de leur logique intégrationniste. A l’occasion de la ratification des traités de Maastricht et de Nice, la thérapeutique du référendum jusqu’à ce que oui s’en suive leur avait été insidieusement prescrite. Les bons apôtres de Bruxelles avaient eu l’outrecuidance de convoquer les citoyens européens réfractaires tant que la réponse à leur question ne leur convenait pas.
Hier, la construction européenne assignait les peuples au consentement. Aujourd’hui, le Président Sarkozy décide ouvertement de le contourner. Le suffrage populaire du 29 mai 2005 est donc frappé de nullité. Ce coup d’état institutionnel est le révélateur du délitement de notre République. Au soir de sa victoire, Nicolas Sarkozy s’adressait pourtant en des termes limpides aux partenaires européens en leur demandant « d’entendre la voix des peuples qui veulent être protégés ». Quatre mois plus tard, l’emphase est retombée et d’entendre la voix des peuples, il n’est plus question. Preuve, s’il en était besoin, de la mystification et de l’inconséquence qui préside désormais aux destinées de la France.
J’appelle la gauche toute entière à se mobiliser. Nous ne pouvons nous permettre le luxe de demeurer silencieux en de telles circonstances. Ensemble, exigeons un référendum.
(L'illustration en haut de l'article a été aimablement fournie par le dessinateur Selçuk. Je vous invite vivement à consulter son site internet : http://www.selcuk-demirel.com)
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