02.11.2007
La boîte de Pandore
L’adoption par le parlement d’un amendement autorisant les statistiques mesurant « la diversité des origines des personnes » crée une "rupture" dans la tradition républicaine de la France.
Dans les méandres d’un vaste projet de loi qui a déjà suscité bien des polémiques, ce correctif à la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, se révèle singulièrement pervers. Sous couvert d’une approche scientifique, ce droit à la collecte de statistiques ethniques ouvre une boîte de Pandore que l’on aura toutes les peines du monde à refermer. La première étape autorise les chercheurs à établir un nouveau repère racial. Se dessinent en filigrane les décisions politiques à venir qui s’appuieront allègrement sur ces données statistiques et contribueront in fine à fragmenter la citoyenneté. Stéphane Jugnot (1) exprime de manière juste cette dérive dans un article du Monde ce matin : « [Les chercheurs] construiront leur référentiel ethno-racial pour isoler les « Blancs » et compter les « Noirs » […] A force d’usages, leurs catégorisations s’imposeront doucement aux autres chercheurs, puis à la statistique publique, par simplicité et par habitude. Viendra ensuite le temps des quotas. »
Dès lors, la fameuse discrimination positive née outre-Atlantique sera entrée dans la bergerie. Un enfer pavé des meilleures intentions puisque certaines associations de lutte contre les discriminations y apportent leur soutien. Nous devons le répéter, la discrimination positive demeure un exemple d’oxymore (2) redoutable qui n’a pas de valeur politique. Cette dérive biologiste pourra demain justifier des discours ineptes et des décisions attentatoires à l’égalité des citoyens qui scelle notre pacte républicain.
La République « indivisible » qui « assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion » selon l’article 1er de notre Constitution se meurt sous les coups de boutoirs d’un communautarisme contagieux. L’intérêt général n’est pas sécable et ne se définit pas par la somme des intérêts particuliers.
A ce jour, le texte du parlement est en discussion au Conseil Constitutionnel. J’espère que les neufs sages sauront mettre leur sagesse au profit des valeurs séculaires qui ont façonné notre Nation depuis la révolution. Ils doivent jouer leur rôle de rempart contre cette entreprise de dislocation de la République.
Je souhaite que la gauche s'exprime avec force sur cette question qui remet en cause le fondement même de notre République et qu'elle s'engage à revenir le moment venu sur une telle disposition.
(1) Statisticien et économiste de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE)
(2) Figure rhétorique formée de deux termes contradictoires
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