31.10.2007

Le boomerang du droit d’ingérence "humanitaire"

07393c4b10e01875af669db76d0254ab.jpgL’affaire de l’association humanitaire « l’arche de Zoé » a désormais pris une certaine envergure médiatique. Naturellement, il convient de ne pas anticiper les institutions juridiques saisies du problème. Mais ce scandale humanitaire donne à voir l’inconséquence politique qui a initié puis abrité l’amateurisme d’un altruisme de bonne facture.

Ainsi que l’affirmait Rony Brauman sur France Culture mercredi 31 octobre, la question n’est pas de contester les bonnes intentions et la moralité du personnel de cette association. Leur initiative était probablement mue par la meilleure volonté du monde. La position délicate dans laquelle est mise la France dans ce dossier tient essentiellement au déploiement d’une idéologie interventionniste qui consiste depuis de nombreuses années à légitimer le droit d’ingérence dit « humanitaire ».
Prophète en tous pays, le ministre des affaires étrangères Kouchner se trouve aujourd’hui confronté aux conséquences directes de la généreuse logorrhée du Dr Bernard. A d’autres reprises pourtant, le principe de réalité aurait pu l’alerter. De la Bosnie à l’Irak, n’avait-il pas en son temps formulé un soutien tapageur aux interventions militaires occidentales dans le but avoué d’obtenir la chute des régimes en place ? Et puisqu’il s’agissait de combattre la « barbarie » de Saddam Hussein, rappelons qu’à ce jour plus de 800.000 personnes ont trouvé la mort en Irak depuis l’arrivée des « libérateurs ». Sinistre réalité.

Au Darfour, ces associations humanitaires ont reçues en amont l’onction de toute la bien-pensance. De Bernard-Henri Levy à Romain Goupil en passant par André Glucksmann, tous ont contribué à légitimer des vocations tous azimuts qui ont fait preuve de légèreté. L’humanitaire n’a pas pour fonction de mettre un terme aux conflits et ne peut être délaissé à des cow-boys en mal de sensations fortes. Frédéric Tissot, ancien « french doctor » de Médecins Sans Frontières, s’est livré récemment dans un article du Monde 2 et illustre au plus près l’ambivalence de l’interventionnisme humanitaire : « J’ai compris que la générosité peut devenir un enfermement, qu’elle peut tuer, que ça ne suffit pas d’arriver drapé dans son armure de chevalier du Bien. (1) »

9a5672bd17ee7469427e6ee50c8b5485.jpgRony Brauman le rappelle de manière opportune, ces dossiers sensibles méritent d’être considérés avec sérieux. Le terrain de la diplomatie est celui de la complexité des rapports de forces, non de la simplicité binaire des indignés. Il se révèle parfois criminel de le soumettre à un intégrisme moral qui s’exonère d’analyser les tenants et les aboutissants des enjeux. Ici comme ailleurs, la République doit retrouver l’usage de la raison.


(1) Le Monde 2 du 27.10.07. Frédéric Tissot est un ancien compagnon de route de Bernard Kouchner.