« Une victoire éclatante | Page d'accueil | Livret A et logement social »

18.03.2008

Hommage à Lazare Ponticelli, dernier poilu de la Grande guerre

566792057.JPGLazare Ponticelli n’est plus.
La France a vu s’en aller son dernier poilu.
Le Kremlin-Bicêtre a perdu sa figure la plus emblématique bien sûr, mais surtout son citoyen le plus attachant.
Au nom de la ville, je veux dire notre soutien et notre solidarité à sa fille, à ses petits-enfants et à toute sa famille présente parmi nous. En ce jour, chaque Kremlinoise et chaque Kremlinois partage votre douleur.
En témoigne votre assistance nombreuse venue s’incliner devant la mémoire du citoyen d’honneur du Kremlin-Bicêtre.

Au-delà, c’est la France toute entière qui rend aujourd’hui un hommage, ô combien légitime, à Lazare Ponticelli et à travers lui, selon sa propre volonté, à cette génération sacrifiée pour la survie de notre Nation.

Le 11 novembre dernier, à la veille de ses 110 ans, fidèle au serment qu’il avait pris envers ses camarades de tranchées, Lazare Ponticelli était présent, ici même, pour célébrer la mémoire de ceux qui perdirent la vie au cours de la Grande guerre, militaires ou civils, hommes et femmes. Lazare était venu, une fois encore, une dernière fois, se recueillir et déposer des fleurs dans une cérémonie organisée par les anciens combattants avec des jeunes et des citoyens de sa ville. Il affectionnait ces cérémonies simples qui le mettaient au contact de la jeunesse. Il disait l’horreur de la guerre pour que cela ne se reproduise pas. Il voulait, par-dessus tout, qu’on n’oublie pas les combattants des deux guerres qui ont permis aux générations suivantes de profiter de la vie et de vivre dans une France libre.
En accord avec sa famille, je proposerai au Conseil Municipal de dénommer ce lieu où nous sommes aujourd’hui rassemblés, ce lieu où il se rendait chaque année : « Place Lazare Ponticelli ».

Lazare Ponticelli
Personnage de l’histoire.
Figure emblématique d’une ville.
Symbole d’une Nation.

Lazare Ponticelli, personnage de l’histoire : né en 1897, Lazare Ponticelli a connu 3 siècles et traversé 2 guerres. Il était un trait d’union entre deux mondes, le passeur de témoin d’une époque à jamais révolue.

Une anecdote qu’il m’avait racontée nous invite en quelque sorte à nous rétrécir devant la grandeur de notre Histoire : Lazare avait 17 ans lorsque Jean Jaurès, le Grand Jaurès, fut assassiné à la veille de la guerre le 31 juillet 1914. Crieur de journaux, il écoule ce jour-là la totalité des exemplaires de L’intransigeant dont ils se partagent quotidiennement un lot avec son frère Céleste.

Mais l’été 1914 sonne le début de la Grande Guerre. Soisson, Douaumont, Argonne, Verdun : l’école de la République nous a transmis les images du chaos qui, dans nos consciences, sont les moments tragiques de l’histoire nationale. A distance, le récit de cette histoire revêt toujours quelque caractère légendaire. Cette histoire face à laquelle, à notre corps défendant, nous ne pouvons souvent que demeurer incrédules.

Cette légende, Soisson, Douaumont, Argonne, Verdun, fut pour Lazare Ponticelli une réalité. En première ligne, dans l’enfer quotidien des tranchées, sous la pluie, dans le froid, l’odeur de la mort sous les obus et la mitraille, le légionnaire Ponticelli a combattu pendant près de deux ans pour que demeure libre, une Nation qui n’était pas encore la sienne.


Lazare Ponticelli, figure emblématique du Kremlin-Bicêtre parce que depuis son établissement en 1925, Lazare Ponticelli ne l’a plus quitté. Sa silhouette était devenue, au fil des années, familière pour de nombreux Kremlinois qui le rencontraient lors de ses promenades ou allant faire ses courses, puisqu’il tenait à vivre seul dans sa petite maison du passage des plantes, avant de s’installer chez sa fille qui était toujours aux petits soins pour lui.
Je veux saluer l’homme que j’ai eu la chance de côtoyer régulièrement pendant de nombreuses années. Il conjuguait une certaine force de caractère à une modestie sans artifice et une grande générosité.
Homme discret, il avait à cœur de participer à la vie démocratique. L’an dernier encore, il différait des vacances afin de se rendre lui-même en compagnie de sa fille pour voter, et faire son devoir de citoyen.
L’humilité dont il fit preuve tout au long de sa vie l’honore.

Lazare Ponticelli, symbole d’une Nation. Né à Bettola dans la province de Plaisance en Emilie-Romagne le 7 décembre 1897, il fuit la misère à l’âge de neuf ans, voulant à Paris rejoindre sa mère et sa famille. Il est arrivé seul de son pays natal, l’Italie. Il prit le train pour rejoindre ce qu’il pensait être alors « un Paradis », la France. Titulaire d’un permis de travail, il exerce différents métiers : ramoneur ou livreur de charbon.
L’immigré Lazare Ponticelli incarnait à bien des égards la devise adoptée définitivement par notre Nation en 1848 : « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Liberté
Liberté d’une Nation pour laquelle il s’exposa sur les champs de batailles aux pires heures du conflit pour, disait-il, « défendre la France parce qu’elle m’a donné à manger et m’a accueilli. C’était une façon de dire merci ».

Italien, il s’engage donc dans la légion étrangère en trichant sur son âge. Il sert la France jusqu’en 1915, avant d’être incorporé dans les troupes italiennes – les alpinis – jusqu’à la fin de la guerre. Il exige alors d’être démobilisé sous uniforme français et finira par obtenir satisfaction.

Il servira plus tard la France, à nouveau, durant la deuxième guerre mondiale. Naturalisé français en 1939, il s’engagera dans la Resistance jusqu’à la libération de Paris.

Egalité
Egalité des citoyens par l’hommage qu’il a voulu partager avec tous ses camarades de combat.
Lorsque le président de la République Jacques Chirac avait proposé des obsèques nationales pour le dernier poilu, il avait dans un premier temps refusé, parce qu’il considérait cet hommage trop tardif et ne souhaitait pas qu’il se réduise à sa seule personne.
Devenu le der des ders, et mesurant la responsabilité qui lui incombait pour ses frères d’armes trop longtemps oubliés, Lazare formule une exigence : que cet hommage soit celui de tous les hommes et de toutes les femmes morts durant la Grande Guerre. Aujourd’hui, je me réjouis que sa volonté ait été exaucée selon les conditions qu’il avait émises.

Ultime clin d’œil de Lazare, avec ce regard vif qu’on lui connaissait, il préfère rejoindre son caveau familial au cimetière parisien d’Ivry sur Seine plutôt que le Panthéon, tombeau des grands hommes de notre République.
Il eut rejoint en ces lieux une grande dame de notre histoire pour laquelle il travailla et à qui il servi de petite main : je veux parler de Marie Curie.

Son choix, celui de se retrouver parmi les siens, est à l’image de la modestie, de la sobriété et de la simplicité d’un homme qui privilégia toujours une vie honorable aux honneurs de la vie.

Fraternité
Fraternité parce qu’elle est la vertu la plus remarquable, la bienveillance réciproque des patriotes qui veulent faire de notre France, une République accueillante, généreuse et exigeante.
La mémoire de Lazare Ponticelli rappelle aux consciences modernes ce que signifie l’acte d’amour par lequel on devient citoyen d’une Nation. En ces temps d’incertitudes, sachons mesurer la qualité d’un engagement qui au péril de sa vie, combattit pour notre drapeau. Ne négligeons pas cet engagement.
Le parcours de Lazare Ponticelli est une boussole précieuse pour prolonger l’histoire d’une Nation ouverte, d’une citoyenneté dont les droits et les devoirs demeurent indissociablement liés. Il témoigne de la nécessité de concevoir une Nation accueillante, débarrassée de tout ethnicisme et d’obsession des origines.
C’est à cette France généreuse, libre et in-dé-pen-dante que Lazare Ponticelli a donné sa vie. Nous avons la charge désormais de prolonger le sens de son combat. Avec Lazare s’éteint la mémoire directe et immédiate des derniers témoins. A nous, citoyens de notre beau pays, de porter le flambeau.

Lazare Ponticelli était, à plus d’un titre, l’âme et l’honneur de notre République. Un citoyen exemplaire dont l’histoire nous éclaire pour les temps à venir.
Lazare, nous ne t’oublierons pas.

Ecrire un commentaire